BONDY A COEUR

Annonces




JEUNESSE : NOUS SOMMES SUR UNE POUDRIERE !

 

«Nous sommes sur une poudrière»

Interview  : Pour Isabelle Sommier, sociologue, la frustration des jeunes rend une explosion possible en France.

Isabelle Sommier, professeure de sociologie à Paris-I (1), explique que des émeutes, telles que la Grèce en connaît, peuvent survenir en France.

Existe-t-il en France un terreau semblable à celui de la Grèce ?

Il me semble que oui. Des crises violentes, nous en avons connues, par exemple en 2005 dans les banlieues. Une autre frange de la jeunesse, étudiante et lycéenne a vécu des moments de forte exaspération, passant par des phases de violences avec la police. Ce fut le cas en 1990. Et avec le mouvement anti-CPE de 2006, nous avons observé une radicalisation de la jeunesse.

Pourquoi ce risque en France ?

En Grèce ou chez nous, il existe une désespérance sociale profonde, qui a des racines anciennes à mesure du développement de la précarisation du salariat, qui semble sans fin. Autre point : la fracture générationnelle. Nous sommes dans une société qui a peur des jeunes, perçus comme une menace alors que, normalement, ils devraient représenter l'espoir.

Ils ressentent aussi la peur de rester au bas de l'échelle…

En effet, ces jeunes ont l'expérience du déclassement. Pour la première fois depuis la Libération, ils savent que ce sera plus difficile pour eux que pour leurs parents. Ce déclassement est d'autant plus ressenti que ces jeunes sont diplômés. D'où leur sentiment d'être floués : on les a encouragés à faire des études qui ne mènent à rien et qui conduisent à des emplois ne correspondant pas à leur niveau culturel. Ils prennent de plein fouet les réformes - elles se sont accélérées avec Sarkozy - qui visent le savoir, des secteurs non-utilitaires et hors champ du pouvoir comme l'éducation, les médias, la recherche, la santé…

Le désespoir des jeunes peut-il trouver un écho chez les salariés ?

C'est un des enjeux de la période à venir. Les jeunes des banlieues, en 2005, ne se sont pas unifiés avec les jeunes plus favorisés faisant des études. Mais aujourd'hui, la jonction est possible entre les jeunes et les trentenaires, qui se sont radicalisés. Souvenez-vous des grèves de 2003 dans l'éducation : ce sont eux qui voulaient bloquer les épreuves du sacro-saint bac…

Les syndicats et les partis peuvent-ils canaliser ce désespoir ?

Ils sont en plein marasme et sans crédibilité, n'offrant aucune alternative, c'est-à-dire aucun horizon autre que la préservation de ce qui est. Certes, ils sont capables de mobiliser, mais cela débouche, depuis plusieurs années, sur rien. Les réformes passent en dépit du niveau de mobilisation. D'où l'inclination, chez certains jeunes, à l'action directe. Ils ne croient plus dans l'avenir. Faute d'une perspective historique, ils croient en l'action immédiate. Casser une vitrine ou aller au contact de la police exprime une exaspération quand il n'y a ni issue ni espoir.

On peut donc assister à des mouvements sociaux violents…

Oui. Pendant les années 80 et 90, on a enterré la classe ouvrière, elle n'existait plus, nous étions dans la béatitude de la fin des classes. Et puis, nous avons vu à la fin des années 90 des conflits très durs, des ouvriers menaçant de faire sauter leur usine, de polluer une rivière. En s'exprimant avec violence, on devient plus visible.

Mais en période de chômage de masse, c'est plutôt la résignation qui règne…

Oui. Mais il peut y avoir une explosion. Nous sommes sur une poudrière. Une étincelle peut s'enflammer.



Article ajouté le 2008-12-17 , consulté 72 fois

Commentaires


Sylvie BADOUX
le 24/12/2008 à 22:41:40
Merci Pascal pour cette contribution... Je me permets de te confirmer s'il en était besoin, que tu as
une vision éclairée sur la société d'aujourd'hui et sur la place des jeunes et leur possibilité à intervenir dans le débat public. @ +, en visuel et non plus en virtuel cette fois ci. Bises.
boularand
le 22/12/2008 à 18:24:17
La situation actuelle concernant la situation sociale et la montée en puissance des luttes est complexe.
On observe à juste titre qu'un nombre important de jeunes est inquiet pour son avenir. Par leurs actions, ils font régulièrement reculer le gouvernement dans ses projets de contre-réformes obtenant ainsi des avancées significatives, même si celles-ci sont chaque fois remises en cause par le gouvernement suivant.
En revanche, on observe que le monde salarial subit les coups plus qu’il ne les combat. Leurs dirigeants syndicaux, bon gré, mal gré, accompagnent les contre-réformes de N. Sarkozy bien souvent sans réelle concertation de leur base, ce qui pose un problème de démocratie.
Pour les jeunes de banlieue, il existe une différence de taille dans l'appréciation des problèmes sociaux dont ils sont victimes. Ils savent depuis longtemps qu'ils n'ont plus rien à espérer du débat politique et ne sont guère tentés par le syndicalisme. Les mouvements de révolte qu'ils mènent s'apparentent aux "jacqueries" moyenâgeuses qui ont été le prélude à la Révolution française. Leurs mouvements, aussi légitimes soient-ils, contribuent à les isoler et donnent des arguments au pouvoir politique dans sa manipulation de l'opinion publique.
La jeunesse estudiantine et lycéenne, elle, n'est pas encore confrontée aux réalités du monde du travail, au chômage ou aux délocalisations. Cet espace de liberté lui permet une plus grande capacité de mobilisation. Pour autant, croire qu'elle arrivera, à elle seule, à modifier un système qui la dépasse serait illusoire ; encore faudrait-il qu’elle en ait la volonté réelle.
On peut observer à cet égard que nombre de dirigeants étudiants forts de leur notoriété et une fois passée le temps de la révolte, rejoignent rapidement le microcosme médiatico-politico-syndical et manient, à l’instar de leurs aînés, langue de bois et pensée unique.
Le salariat, quant à lui, lutte dans le cadre de syndicats souvent basés sur le corporatisme et l'issue de leurs mouvements se termine bien souvent par des échecs. Quelquefois le désespoir les pousse à entreprendre des actions beaucoup plus radicales comme vous le soulignez dans votre interview, mais elles sont automatiquement dénigrées par les médias et considérées comme des atteintes à l’ordre public.
Toutefois, la crise qui perdure peut être le moteur de synergies pour engager des ripostes beaucoup plus conséquentes à condition que les dirigeants syndicaux et les partis politiques de gauche puissent appréhender la situation dans sa globalité et permettre de fédérer des mouvements d'apparence aussi divers que ceux des banlieues, de la jeunesse et du monde salarial.
Actuellement, que l'on appartienne aux catégories Rmiste ou à la classe moyenne supérieure, personne malheureusement n'échappe ou n’échappera aux conséquences de cette crise sociale qui va se prolonger dans la durée… C’est peut-être une opportunité pour les forces révolutionnaires.


pascal
le 22/12/2008 à 12:03:51
La situation actuelle concernant la situation des jeunes est complexe. On a, d'une part un volant important d'une jeunesse inquiète pour son avenir qui fait régulièrement reculer le gouvernement dans ses contre-réformes et d'autre part un monde salarial qui subit et des dirigeants syndicaux qui, bon gré, mal gré, accompagnent les contre-réformes de N. Sarkozy.
Pour les jeunes de banlieue, il existe une différence de taille dans l'appréciation des problèmes sociaux dont ils sont victimes. Ils savent depuis longtemps qu'ils n'ont plus rien à espérer du débat politique et les mouvements qu'ils mènent s'apparentent aux "jacqueries" moyenâgeuses. Leurs mouvements, aussi légitimes soient-ils, contribuent à les isoler et donnent des arguments au pouvoir dans sa manipulation de l'opinion publique.
La jeunesse estudiantine et lycéenne qui, elle, n'est pas encore confrontée aux réalités du monde du travail, au chômage ou aux délocalisations. Cette liberté lui permet une plus grande capacité de mobilisation. Pour autant, croire qu'elle arrivera à elle seule à modifier un système qui la dépasse serait illusoire.
Le salariat, quant à lui, lutte dans le cadre de syndicats basés sur le corporatisme et l'issue de ces mouvements se termine bien souvent par des échecs, même si le désespoir les pousse quelquefois à entreprendre des action beaucoup plus radicales comme vous le soulignez dans votre interview.
Toutefois, la crise peut être le moteur de synergies dans des ripostes beaucoup conséquentes à condition que les dirigeants syndicaux et politiques de gauche puissent appréhender la situation dans sa globalité et permettre de fédérer des mouvements d'apparence aussi divers que ceux des banlieues, de la jeunesse et du monde salarial.
Actuellement, que l'on appartienne aux catégories Rmiste ou à la classe moyenne supérieure, personne n'échappera aux conséquences de la crise sociale qui va s'étaler dans la durée.

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Jeunesse "

Imprimer cet article

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever - Annuaire des blogs


Design by Kulko et krek : kits graphiques